Estampes japonaises modernes 1900 – 1960 à la fondation Custodia

Japonismes 2018 bat son plein à Paris, les expositions et les activités les plus diverses se succèdent voire se superposent. 

Il faut prendre le temps d’aller, toutes affaires cessantes, à la fondation Custodia, pour contempler une exposition sublime, consacrée aux estampes modernes.

A la fin du 19è siècle, avec l’ouverture du Japon à l’occident, l’ukiyo-e traverse une période de crise : elle ne fait plus recette, car les sujets qu’elle traitent paraissent désuets, et l’ouverture a apporté de nouveaux moyens de représenter le monde, des procédés de reproduction modernes qui font concurrence à la gravure sur bois. De surcroît, souvent, les graveurs japonais sont partis en Europe ou aux Etats-Unis, et ont découvert d’autres manières de concevoir et leur travail et leur rôle d’artiste.

C’est ainsi que deux nouveaux mouvements d’estampe vont voir le jour au Japon au tournant du siècle.

– Le Shin Hanga (nouvelle estampe) sous l’impulsion de l’éditeur Watanabe Shôzaburô, qui part à la recherche d’artistes capables de donner un nouveau souffle à la gravure sur bois. En même temps, la division traditionnelle du travail est conservée, et une estampe est le fruit du travail de 4 personnes : l’artiste, le graveur, l’imprimeur et l’éditeur.

– Le Sôsaku Hanga (estampe créative) qui considère au contraire que l’artiste doit maîtriser son travail créatif de bout en bout : c’est une rupture avec la tradition, sous l’influence de l’occident ; les artistes dessinent, gravent, impriment et diffusent eux-mêmes leurs estampes.

Cette exposition exceptionnelle est la première du genre en France ; la collection présentée est actuellement conservée au Nihon no Hanga à Amsterdam, et elle sera ultérieurement donnée au Rijksmuseum.

Les photos sont autorisées à l’exposition. Etant présentées sous verre, on a souvent, en plus de la photo, le reflet du photographe… Plutôt que de vous montrer tout, je vous propose un best of d’une dizaine de photos ; l’exposition en présente plus de 200 !! Exceptionnel, vraiment !

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Onchi Kôshirô (1890 – 1955) : Le Plongeon, 1932. L’auteur est le chef de file du sôsaku hanga ; le cadrage de l’estampe est littéralement photographique ou cinématographique. L’artiste a été influencé par l’expressionisme allemand. Cette estampe a été montée à Paris en 1934.

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Ishii Hakutei (1882 – 1958) : costume de bain, 1932 ; série “12 femmes modernes”. Une femme en maillot de bain, vêtement introduit en 1915 au Japon et devenu symbole immédiat de modernité. Le poème est de Saitô Mokichi : “voluptueuse, une hanche est là près de moi ; mais je ne la vois pas L’objet de mon amour semble loin, de l’autre côté de la mer”

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Nakagawa Isaku (1899 – 2000) : Grand massé, 1933. Une femme moderne, vêtue à l’occidentale et aux cheveux courts joue au billard !

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Takehisa Yumeji (1884 – 1934) : Jihei, 1916. L’artiste a été actif dans les années 20. Estampes à caractère sentimental ; il représente des personnages consumés par leurs sentiments. Ici, Jihei, personnage d’une pièce de bunraku, “suicides d’amour à Amijima”

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Fritz Capelari (1884 – 1950) : Femme avec un chien pékinois. Un auteur autrichien qui a rencontré des étudiants japonais à Vienne et est parti se former au Japon. La première guerre mondiale le contraint à rester au Japon, et il s’établit à Tokyo, dans le quartier d’Akasaka. Sa route croise celle de Watanabe Shôzaburô et il devient partie prenante du mouvement shin hanga. Noter le sceau de l’artiste : la date verticale à la japonaise, et une typographie art nouveau : japonisme total !

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Itô Shinsui (1898 – 1972) : Nuit dans la neige, 1923 ; de la série “12 nouvelles belles femmes”. Les flocons sont créés en réserve sur le fond coloré ; cette estampe est considérée comme la plus représentative de cette série vendue sur abonnement.

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Yoshida Hiroshi (1876 -1950) : Brume du matin au Taj Mahal, 1932. L’artiste vénérait le Taj MAhal et s’est rendu en Inde pour pouvoir l’étudier et le dessiner.

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Azechi Umetarô (1902 – 1999) : Pluie, 1957. Cette gravure est issue d’un calendrier créé pour Nissan. Artiste autodidacte typique du sôsaku hanga, qui voit parfois la collaboration d’artistes  et d’entreprises commerciales.

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Ishii Hakutei (1882 – 1958) : Yanagibashi, 1910, de la série “12 vues de Tokyo”. L’une des premières oeuvres du mouvement shin hanga, encore très classique, notamment dans les thèmes abordés. Ici, une femme / une geisha en kimono se repose après un concert de shamisen, son instrument à côté d’elle. Le détail de la cigarette suffit cependant à nous faire entrer de plain-pied dans la modernité.

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Kobayakawa Kiyoshi (1889 – 1948) : Danse moderne, 1934. Il y avait 28 dancings à Tokyo dans les années 20 – 30. Des compagnies de danse moderne, notamment la Vienna Dance Company se sont produites au Japon, et ont pu influencer l’artiste.

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Torii Kotondo (1900 – 1976) : Femme sortant d’un bain public, 1933. La femme de l’artiste.

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Kawase Hasui (1883 – 1957) : Le nouveau grand pont, Shin Ôhashi, 1926. Hasui, mon favori !! Et le plus connu probablement des occidentaux. Ce pont a été bâti en 1912, en acier importé et en style art nouveau. Noter la pluie battante et le pavé humide, qui rendent cette estampe totalement atmosphérique !

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Hashiguchi Goyô (1881 – 1921) : Femme peignant ses cheveux, 1920. Une estampe connue chez nous, d’une facture exceptionnelle, notamment dans le traitement réservé à la chevelure. L’artiste conservait une impression de cette gravure dans sa chambre d’hôpital à la fin de sa vie.

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Onchi Kôshirô (1890 – 1955) : La gare de Tokyo, 1945 ; série “souvenirs de Tokuo”, issue des “100 vues de Tokyo”. On reconnaît la gare en briques rouges. Cette série a été imprimée peu après l’arrivée des américains à Tokyo. Elle est destinée probablement à une clientèle étrangère.

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