Aujourd’hui, on récolte la queue de la « severe tropical storm » Bailu qui a fini par atterrir en Chine du Sud, sur Taïwan. Mais quand même. Tonnerre et pluie de déluge toute la matinée, plus sporadique en après-midi.
On a donc découvert le musée du peuple philippin, qui faisait envie depuis Paris.
C’est un musée moderne, où on voit très bien que les objets présentés font l’objet de recherches sans cesse mises à jour, et qui sont sourcées dans les cartouches ou les textes de présentation dans les salles.
C’est un musée d’ethnologie et d’archéologie… Aussi je vais essayer de me limiter à un billet court, sinon ce sera l’enfer de mes lecteurs 😁
Quoi de remarquable ?
- La présentation des recherches sur l’épave du San Diego. Ça ne vous rappelle rien ? Cette fabuleuse expo à Paris en 1994 /95, les recherches de Franck Goddio, le « trésor de la jonque » , comme cela avait été présenté alors ? Moi j’y étais allée et j’ai tout retrouvé ici. C’est toute une histoire. En 1600, les Philippines sont la plaque tournante du commerce transpacifique, elles sont pile au milieu. Entre le déjà cité Mexique (Acapulco) et les Philippines, 2 galions voyagent chaque année. Ils arrivent chargés de jarres de toute l’Asie du sud-est, d’épices et de porcelaines chinoises blanc bleu. Achetées avec des doublons espagnols d’argent (du Pérou), frappés à Mexico, et qui se mettent à circuler en Asie. Le San Diego est un gros navire de 400 tonneaux, lourdement chargé de céramiques et de canons, avec 450 hommes à bord. Il est commandé par un espagnol (Antonio de Morga) qui s’ennuie ferme à Manille et espère gagner les faveurs du Roi en transformant ce navire marchant en navire de guerre. Arrive dans la baie un petit vaisseau de 59 hommes, piloté par un aventurier hollandais Olivier van Noort, qui fait la route des épices pour un riche marchand des Flandres, et se fait pirate pour arrondir ses fins de mois. De Morga est prévenu de l’arrivée du Hollandais et veut le défaire sur mer, pour prouver sa valeur de marin au Roi, prendre du galon et quitter enfin les Philippines. Le 14 décembre 1600, c’est la bataille entre les 2 navires. De Morga est un piètre marin, il manœuvre mal le gros San Diego qui, trop chargé, va tout bonnement couler alors qu’il avait tous les avantages. Peu de survivants et le bateau hollandais s’est enfui. De Morga et Van Noort raconteront chacun cette aventure à leur avantage, ce qui permettra donc au 20e siècle de retrouver le navire et surtout sa fabuleuse cargaison. Montrée au musée. Des jarres vernissées et de la porcelaine, dont certaines formes sont connues par les peintures de l’époque.






- La présentation des cultures musulmanes du sud des Philippines (Mindanao, Palawan), en expliquant comment la religion joue son plein rôle de relier et faire vivre ensemble des communautés sinon culturellement extrêmement diversifiées et parlant plus de 100 langues différentes. Des objets incroyables, tels ces Tabos : tambours suspendus devant les mosquées et qui passent les appels à la prière selon des rythmes différents selon que c’est ramadan ou pas.


- La découverte en 1991 de la grotte d’Ayub (île de Mindanao), contenant des dizaines d’énormes jarres anthropomorphes contenant les restes de défunts entre le 5e siècle avant et le 3e après.





- La découverte de l’écriture baybayin, servant à noter le malais et les langues Philippines à la période pré-hispanique. Cette écriture a été décrite par les religieux espagnols, ils l’ont étudiée et ont translitéré des textes. Elle est aujourd’hui redecouverte et fait la fierté des philippins qui l’ont mise sur leur drapeau et leurs billets de banque.



- L’incroyable variété des tissages et des matériaux employés pour tisser. Avant le coton et en plus de la soie connue par la Chine, on tisse la piña- liniwan- (fibre très fine issue de la feuille du plant d’ananas), l’abaca, plante indigène des Philippines utilisée aussi pour les cordages, même modernes, pour sa résistance, et le salugan, issu du figuier de barbarie. Ces trois types de tissages sont documentés par les religieux des leur arrivée aux Philippines, et les plantes identifiées. Les tissus obtenus et encore fabriqués sont incroyablement fins et transparents




- Et pour finir, une petite histoire incroyable, celle du motif « kusikos » (whirlpool design, motif tourbillon) qui s’apparente à l’optical art, qui met du mouvement dans les figures immobiles. A l’origine, ces pièces de tissus étaient employées sur les mats des bateaux philippins. Cette pratique est documentée dès l’arrivée des espagnols. Les philippins croyaient que les dieux du vent se cachaient dans les tourbillons. Le motif du tourbillon devenait donc prophylactique (comme les yeux bleus en pâte de verre sur tout le pourtour méditerranéen) : le voyant, le dieu s’apaisait et sa fureur était détournée du bateau !


Bien bien. Pas trop saturés d’infos j’espère ?? J’espère que vous avez du plaisir à partager toutes ces richesses !

Les tissus tourbillons : Vasarely n’a rien inventé. C’est surprenant quand même.
Surprenantes aussi les urnes funéraires anthropomorphes. Ça m’a fait penser à ces bizarres statues du musée d’Amman dont la structure était en roseaux recouverts d’argile. Même type d’expression. Je vais rechercher dans mes carnets de voyage, je me souviens d’en avoir fait une aquarelle.
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Oui, exact pour Amman. Moi ça m’a fait penser aussi à l’art jômon japonais ! Je te réponds sur WhatsApp pour les mosaïques poissons !
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