A un moment j’ai eu bon espoir avec le temps : pour la première fois je voyais mon ombre, signe d’une apparition du soleil. Mais non. Il pleut. Il y a 100 % d’humidité à 29 ou 30 degrés, ça poisse.
Aujourd’hui, c’est parti pour la découverte des immenses cimetières des quartiers nord. Le chinois et l’hispano-philippin, juxtaposés mais étroitement séparés par un mur que rien n’interrompt : longtemps la communauté chinoise n’a pas eu le droit d’être enterrée avec la communauté hispano-philippine. Et pourtant, ce cimetière chinois est chinois catholique !! L’Asie est décidément une terre de grands paradoxes.
Le cimetière chinois donc, en premier. Quasiment vide de monde car il n’est pas habité. On l’a pour soi seule. Je recommande cette visite à quiconque vient passer une semaine à Manille. Vastes allées goudronnées, aucune voiture, personne, un peu en hauteur : on respire, ça fait un bien incroyable. Lente déambulation donc au milieu des tombes avec la petite pluie et quelques mamies à vélo. Plusieurs monuments commémorent paradoxalement l’amitié sino-philippine : pendant la seconde guerre, les chinois de Manille ont aidé farouchement les philippins face à l’envahisseur japonais qui voulait conquérir tout le Pacifique. Les Philippines ont ainsi été japonaises pendant 3 années. Sinon, pas de tombes, trop modestes. Mais des mausolées à la gloire des familles, avec vraiment des choses étonnantes. Des architectures années 50 style marché de Royan / voile de béton. D’autres néoclassiques copie de temple grec avec Athéna en armes. D’autres plus classiques avec des dragons. On finit par trouver dans le cimetière une « boutique » tenue par 2 mamies hors d’âge, on y boira un coca.















Ensuite, en route pour le cimetière nord. L’autre, le non-chinois, celui qui est, comme au Caire, habité. Là il faut vraiment le voir pour le croire. C’est une ville dans la ville. On s’y fait conduire en tricycle, en jeepneys, en moto. On y vit, on s’y entasse même, parmi les tombes et les saints peinturlurés. Il y a des petites gargottes de bouffe, de l’épicerie à vendre sur le trottoir, du linge qui essaie de sécher aux fenêtres des tombes-maisons. On déambule sans se sentir de trop, mais sans oser sortir en permanence le téléphone appareil photo. C’est stupéfiant.







Retour ensuite au métro station Blumentritt par l’avenue et le quartier du même nom. Il est 17h, les gens sortent faire leurs courses dans la rue (riz au kg, fruits et légumes à la 1/2 livre, poulets tripes à l’air et poissons séchés). Dans ce quartier, on vit. Ce n’est pas Divisoria d’il y a deux jours, où ce qui grouillait avant tout c’était le commerce de gros. Ici on est miserable dans un quartier miserable et on survit (on propose du lavage de voitures tous les 2 mètres pour faire un petit revenu) le plus dignement possible.




Retour par le métro dans le wagon réservé aux femmes. En en sortant, on apprendra que Dieu a bien l’intention de nous faire visiter son site Web…



Incroyable ce cimetière habité !
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